Au Manoir de Ban, Chaplin trouve en 1952 le lieu de sa vie européenne
Des meublés londoniens à la Breakaway House puis à la Suisse, les lieux où Chaplin a vécu dessinent un portrait intime, photographie après photographie.

En bref
- Chaplin a loué un appartement londonien avec son frère de 1908 à 1910.
- Il a dessiné lui-même sa résidence de 14 pièces au-dessus de Beverly Hills.
- Le Manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey, est devenu sa propriété fin décembre 1952.
- Dix photographies montrent sa famille, ses vacances et un accident de tournage.
Charlie Chaplin a vécu dans des logements très différents, et chacun raconte une étape de sa vie privée : meublé londonien, résidence hollywoodienne dessinée de sa main, puis manoir suisse. Une sélection de dix photographies publiée par AD Magazine permet de suivre ce parcours.
De Londres aux scènes américaines
Avant Hollywood, il y a la pauvreté. L’acteur grandit à Londres : son père quitte le foyer quand il a un an, sa mère est ensuite internée. Ce n’est qu’en entrant dans la Fred Karno Company, troupe britannique, qu’il gagne assez pour vivre, à la fin de son adolescence.
Payé environ 10 livres par semaine, Chaplin et son frère louent un appartement sous les toits du 15 Glenshaw Mansions, où ils vivent de 1908 à 1910. L’acteur en gardait un « refuge cher à notre cœur » et comparait son décor à une boutique de cigarettes mauresque mâtinée de maison close française.
Le succès de la troupe l’envoie ensuite outre-Atlantique. Il parcourt les scènes de variétés américaines, puis décroche un contrat avec la Keystone Film Company de Mack Sennett, en Californie.

La Californie, entre refuge et maison de famille
Dans les années 1920, la carrière décolle, la vie privée beaucoup moins. Pendant son divorce d’avec Lita Grey, Chaplin se réfugie à New York dans l’appartement de son avocat, Nathan Burkan. Selon un article de 1927, une cinquantaine de journalistes viennent l’y interroger. Les accusations de Lita Grey relèvent de la presse de l’époque et ne sont pas établies.
Après des années d’hôtels et de logements loués, il dessine lui-même une résidence espagnole de 14 pièces sur environ 2,6 hectares dominant Beverly Hills. Économe, il confie le chantier à des menuisiers de studios. Les premiers signes d’usure valent à la demeure le surnom de « Breakaway House », en référence aux décors conçus pour se briser. Pensée pour recevoir, elle abrite un orgue à tuyaux, un écran de projection escamotable et un long couloir qui traverse presque tout le bâtiment.
En 1936, Paulette Goddard s’installe avec lui dans cette maison de Summit Drive, où étaient nés Sydney et Charlie Jr., les deux fils que Chaplin avait eus avec Lita Grey. Sydney a raconté au Los Angeles Times que les week-ends rimaient avec nage et tennis : « Parfois, c’était agréable d’être avec lui, mais la plupart du temps, il était absorbé par son travail ».
1952, l’exil et le Manoir de Ban
Au début des années 1950, Chaplin affronte un procès en recherche de paternité intenté par Joan Barry et des accusations de sympathies communistes. Il part pour Londres en 1952, pour la première de Limelight. Son autorisation de revenir aux États-Unis est révoquée pendant ce séjour ; il choisit de ne pas entreprendre de démarches pour rentrer.
Avec Oona O’Neill, il s’installe en Suisse, au Manoir de Ban, demeure néoclassique de 1840 à Corsier-sur-Vevey.
- Révocation de l’autorisation de retour aux États-Unis, lors du séjour londonien pour Limelight.
- Selon Le Temps, Chaplin découvre la propriété en promenade et sonne à sa porte.
- Le couple en est propriétaire.
« C’est comme sortir de prison »
Charlie Chaplin, dans une lettre à Clifford Odets en 1953
Il comparait ainsi son arrivée en Europe, au terme de près de quarante années américaines, comme le rapporte Richard Carr dans sa biographie politique de l’acteur.
Scènes d’intimité
Les photographies montrent un Chaplin quotidien :
- Mai 1957 : Oona tient la petite Jane, née depuis peu, entourée de ses frères et sœurs. Chaplin, père de huit enfants avec elle, confiait à un ami, selon The New Yorker : « Nous n’aurions pas pu trouver un endroit plus proche de la perfection pour vivre ».
- Été 1957 : des vacances avec sa fille Josephine à la villa Lo Scoglietto, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, achetée ensuite par David Niven en 1962.
- Décembre 1959 : la famille au rez-de-chaussée du manoir, après la naissance d’Annette. Il y jouait du violon au salon et lisait longuement. Yves Durand, l’un des artisans de Chaplin’s World, résume : « Ses livres étaient son Google ».
- Octobre 1966 : pendant le tournage de La Comtesse de Hong-Kong, sortie en 1967, il aurait trébuché aux Pinewood Studios et se serait fracturé un os, avant d’être conduit à l’hôtel Savoy, à Londres.
Photo : Joost Evers / Anefo / Wikimedia Commons
