Design

Le design social part des habitants, pas du marché, et l’usage tranche

Le design social part des besoins des habitants plutôt que du marché : méthode, principes de conception et limites d’une démarche qui engage autant qu’elle dessine.

Justine Hamel
Le design social part des habitants, pas du marché, et l’usage tranche
Photo d’illustration. Deux jeunes gens lisent un livre ensemble dans un parc, à côté d’un banc en bois, l’un d’eux étant installé dans un fauteuil roulant.

En bref

  • Le design social cherche à répondre à un besoin collectif plutôt qu’à une demande commerciale.
  • Les futurs usagers participent à la conception, de l’observation jusqu’aux essais.
  • Accessibilité, sobriété des moyens et appropriation guident les choix de forme.
  • Un projet se juge à l’usage dans la durée, pas à son seul aspect.

Le design social désigne une pratique qui place un besoin collectif au départ du projet : un quartier sans lieu de rencontre, un service public difficile à comprendre, un objet inadapté à certains corps. Le designer y travaille moins sur une forme que sur une situation, avec ceux qui la vivent.

Ce que recouvre la démarche

La notion se distingue du design de produit classique par son point d’entrée. Là où une marque formule une cible commerciale, le projet social identifie un problème d’usage ou d’accès et cherche à le résoudre au bénéfice de personnes souvent peu consultées : habitants, personnes âgées, personnes en situation de handicap, publics en précarité. Elle recoupe l’accessibilité et l’inclusion, sans s’y réduire, car elle interroge aussi la manière de décider.

Elle ne se limite pas non plus à l’objet. Un mobilier urbain, une signalétique, un parcours administratif ou un espace partagé relèvent du même raisonnement : observer comment les gens s’y prennent réellement, repérer les obstacles, puis concevoir une réponse simple à comprendre et à utiliser.

Une méthode fondée sur l’observation et la co-conception

La démarche suit en général un enchaînement reconnaissable. On commence par observer les pratiques sur le terrain, on écoute les personnes concernées, puis on formule le problème avant de dessiner une solution. Des maquettes ou prototypes modestes sont ensuite testés avec les usagers, corrigés, retestés.

La co-conception est le trait le plus distinctif. Les futurs utilisateurs ne sont pas des témoins interrogés une fois, mais des partenaires qui orientent les choix. Cette implication change la nature du résultat : un équipement conçu avec ses usagers a plus de chances d’être compris, entretenu et adopté, parce qu’il répond à des gestes réels et non à des hypothèses.

Des principes de conception à garder en tête

Plusieurs critères reviennent d’un projet à l’autre :

  • l’usage universel, pour que l’objet serve au plus grand nombre sans version à part ;
  • la lisibilité, afin qu’on comprenne comment s’en servir sans notice ;
  • la sobriété des matériaux et des techniques, qui facilite la réparation et la reproduction locale ;
  • la possibilité d’appropriation, pour que les habitants puissent l’ajuster à leurs pratiques.

Ces principes rejoignent les préoccupations de durabilité : un objet simple à réparer et accepté par ceux qui l’utilisent dure plus longtemps, ce qui réduit le gaspillage.

Les limites et les points de vigilance

Le design social ne remplace ni une politique publique ni un investissement collectif. Un bel aménagement ne règle pas, à lui seul, un manque de moyens ou de services. Le risque est aussi de concevoir pour les gens plutôt qu’avec eux, ou de traiter les publics fragiles comme un terrain d’expérimentation sans retombée durable.

La question de l’évaluation reste centrale. Un projet se juge à l’usage, dans la durée : est-il réellement utilisé, par qui, et que devient-il quand l’équipe de conception se retire ? Des critères qualitatifs, comme la facilité de prise en main ou le sentiment d’être pris en compte, comptent autant que la qualité plastique. C’est ce qui sépare une démarche engagée d’un simple habillage esthétique d’intentions généreuses.

Pour élargir la réflexion, on peut lire le design comme catalyseur social, qui examine la façon dont la conception transforme les relations au sein d’un collectif.

Photo : SHVETS production / Pexels

Justine Hamel

Justine Hamel a travaillé comme designer produit dans un bureau d'études de mobilier avant de se consacrer à l'écriture. Elle suit pour DB Design l'actualité du design d'objet et de mobilier, en s'intéressant aux matériaux, aux procédés de fabrication et à la durée de vie des pièces. Elle dessine encore à la main ses premières esquisses.